Lost in Translation

A while ago when I was in Montreal, Francois interviewed me for his university publication. It has just come out so I will post the link. I don`t speak French but I think it mostly positive.

Here it is:

S’affranchir de la matrice

François Tremblay

Comment vivre hors du système? Comme le personnage de Neo dans « the Matrix », nous sommes tous confrontés à de difficiles choix de vie. Doit-on absolument refouler nos passions et devenir les instruments des idées des autres pour arriver à gagner notre vie ou peut-on choisir de devenir notre propre outil d’accomplissement? Tout au long de l’année cette chronique vous fera rencontrer des gens qui ont su utiliser le système à leur avantage pour s’en libérer et suivre leurs passions.
Let the eating begin
Let the eating begin

Celle qui vit de ses voyages

Nom : Carmella Lesiuk

Age : 29

Lieu de naissance : Edmonton, Canada

Ancien emploi : Superviseure au support informatique d’une grande corporative états-unienne.

Outil d’accomplissement : Le voyage.

Source de revenu : Première employée du blogue de voyage Travelpod, elle est maintenant modérateur pour le site, travaillant d’un portable pouvant se brancher sur internet par les ondes (wi-fi). Elle peut travailler de n’importe où dans le monde et donc elle est repartie en voyage.

Pour lire sur Carmella et ses voyages : http://www.travelpod.com alias : whereshegoes

Terrasse du Ste-Élizabeth, Montréal 19 septembre 2005. (Traduit de l’anglais)

Concordia Francais : Comment tout ça a-t-il commencé?

Lesiuk : J’ai quitté ma vie il y a trois ans pour partir en voyage autour du monde. Au début je voulais partir pour une année, je suis partie trois ans. Je travaillais dans l’Amérique corporative en support informatique pour cinq ans. Je me suis brûlée. Je travaillais de longues heures car j’étais très motivée à réussir. J’avais cette idée qu’avec la maison, la voiture et tout le reste je serais heureuse. En fait, j’avais plus que toutes ces choses, j’en avais le double, plus que la plupart des gens. Et j’ai réalisé que je n’étais pas heureuse.
Our boat
Our boat

C.F. : Comment était le monde corporatif?

L. : Je travaillais dans un cubicule gris et parfois je me levais et je regardais mes collègues, c’était très silencieux et tout ce qu’on entendait c’était le bruit des doigts qui tapent sur un clavier. Toute la journée. J’en ai oublié que j’étais humaine. J’ai réalisé que je ne voulais pas arrêter de sentir, je ne voulais pas devenir insensible et c’est ce qui m’arrivait. Tout était automatique.

C. F. : Y a-t-il un moment spécial, un point du rupture?

L. : Beaucoup de choses avaient commencé à changer. J’étais dans ma voiture en route pour le bureau; je portais mes pantoufles au lieu de mes souliers et j’ai réalisé que je m’en foutais. Je me foutais de porter mon pyjama ou mes jeans pour sortir. Je ne voulais plus m’intégrer socialement. Je me suis isolée, j’allais au travail de bonne heure, je ne parlais à personne mais toute ma vie était liée au travail. J’avais tout matériellement et j’étais un modèle de réussite pour mon entourage, ma famille et mes amis, mais j’étais vide. Puis tout d’un coup, je me suis réveillée au milieu de la nuit et je me suis mise à pleurer, à pleurer très fort. Ce n’était pas comme aucun autre pleur que j’avais eu à date. J’ai pleuré pour quatre cinq heures, si fort que j’avais peur de déranger mes voisins.
The sites
The sites

C.F. : Est-ce à ce moment que tu as atteint le fond du baril?

L. : Oui, j’accumulais, j’accumulais puis le barrage s’est brisé et les eaux sont sorties. J’ai été en mesure de voir les choses plus clairement ensuite. Je ne savais pas pourquoi mais je savais ce que j’avais à faire. J’ai quitté mon emploi, j’ai vendu tout ce que je possédais, tout, et je suis partie du pays. J’ai décidé que je ne voulais pas travailler, que je ne voulais pas aller à l’université, j’ai décidé qu’il était temps de voyager. Et j’ai commencé à voyager et ça m’a rendue vraiment heureuse. Vous pouvez le lire dans mon Travelpod, j’étais comme une enfant, tout me rendait heureuse… par exemple lorsque j’étais sur le train en suisse, le paysage m’a frappée… wow, wow.
Tree
Tree

C.F. : Comment expliques-tu tes anciens choix de vie?

L. : Je crois que j’ai grandi très vite. J’ai commencé à travailler très jeune, j’avais besoin d’argent, d’un certain niveau de succès pour me sentir en sécurité. Je l’ai fait pour ça… pour la sécurité. J’ai réalisé que cette sécurité que tu croyais avoir par un travail ou de l’argent n’est pas vraie, elle est vide. Si tu ne fais pas ce que aimes et que tu es faux face à toi-même alors rien d’autre n’a d’importance, tu meurs en dedans. La vraie personne qui est en moi se cachait sous le bruit de notre société. La seule personne qui compte c’est moi. La seule personne que je dois écouter c’est moi. Mon propre père m’a dit « c’est désolant que tu laisses tout tomber ce pourquoi tu as travaillé » Et je lui ai dit « papa, je ne suis pas heureuse ». Mais de son point de vue, la sécurité était plus importante. De mon côté, j’aimerais mieux être heureuse que sécure. Et plus tu suis ton chemin, plus va ressentir cette petite voix intérieure de joie. Ça revient à être honnête et j’aurai à travailler là-dessus pour le restant de ma vie. Peu importe quoi, soies honnêtes avec toi et tout ira pour le mieux.

C.F. : Ton histoire est un « coming of age ». Qu’est-ce qui s’en vient pour toi?

L. : Pour moi, ce n’est pas tant le voyage que d’essayer de se créer une autre vie, plus vraie… En ce moment, j’essaie d’aider d’autres gens en leur parlant de mon histoire. C’est OK pour les gens de ne pas te comprendre, c’est OK de laisser les attentes du monde derrière et de suivre cette chose qui est si bizarre pour les autres mais qui est en toi. Malheureusement, être soit, c’est être différent mais c’est le meilleur sentiment au monde. Si tu peux apprendre à accepter ça, c’est le don. J’ai réalisé que ce n’est pas seulement important, c’est essentiel. Beaucoup de gens croient que je suis fantastique, que ce que je fais c’est très compliqué mais en fait c’est très simple. C’est la chose la plus facile à faire.

C. F. : Qu’est-ce que le voyage t’a apporté?

L. : Tu sais quoi? Je ne peux pas imaginer une meilleure façon d’apprendre sur moi qu’en apprenant des autres car je me vois à travers le regard des autres. Quand on résume l’être humain à ses vertus, aux choses plus profondes de la vie, elles sont les mêmes pour tous. En étant à l’étranger par les autres coutumes, je découvre des éléments qui font du sens pour moi. Par exemple en Amérique du Sud, les gens se touchent et s’embrassent pour se saluer et j’adore ça. Mais quand je suis revenu et j’ai tenté de faire ça, les gens s’éloignaient et me regardaient bizarrement.

C.F. : Qu’est-ce que tu observes en voyage?

L. : Comment une culture traite les animaux, les enfants et les personnes âgées me révèle beaucoup sur un pays… Voyager m’a permise de m’accepter moi-même. Quand tu voyages tu ne peux pas t’en faire car tu ne sais rien de comment les choses marchent et tu es stupide et tu ries de toi tout le temps. Quand je voyage, je voyage seule, et tu apprends à t’accepter car tu es avec toi-même, tu découvres que tu es différent mais que ce n’est pas mauvais. Ton opinion n’est qu’une opinion parmi tant d’autres. Je veux que les gens apprennent à s’aimer et à croire en ce qu’ils sont. Quand tu décides de réussir quelque chose, tu te commets et tu le réalises. C’est ce que j’essaie de dire aux gens. J’ai découvert que j’étais une écrivaine… je ne le savais pas avant d’écrire mes histoires de voyage sur Travelpod.

C. F. : Et comment savoir quoi faire dans la vie?

L. : Quelle est la chose que tu fais que tu sais que quand tu la fais, « it’s right ». Quelqu’un m’a dit que le sens de la vie était d’expérimenter et je suis d’accord. J’ai peut-être tort, j’ai peut-être raison mais tu sais quoi? Je suis en train de gagner.

C.F. : Parles-nous de Travelpod

L. : À l’époque Travelpod était le seul site qui te laissait écrire sur tes voyages et conserver tes photos gratuitement. Donc j’ai écrit et avec les années, j’ai reçu beaucoup de courriels de gens m’ont remercié pour mes histoires de voyage. De gens que j’ai même inspiré à partir en voyage à la quête d’eux-mêmes. Je suis même devenue le hit numéro un! C’est un lieu où tu peux échanger avec d’autres voyageurs, c’est un lieu de nourrissement. Une bonne façon d’apprendre est de regarder ce que les autres font. J’y ai aussi beaucoup de collègues voyageurs avec qui je parle. On s’entraide, on s’informe et on se conseille.

C.F. : Et de la vie?

L. : Tu es seulement mort quand tu décides de mourir. Le moment où tu cesses d’apprendre, où tu cesses de grandir et d’expérimenter, tu as décidé de mourir. Chaque moment est un choix, chaque choix est un pas et chaque pas est une chance d’avancer. Je te mets au défi d’être la personne que tu veux être, la vraie personne. Il faut vraiment le sentir et le croire. C’est si simple et ça marche, j’en suis la preuve vivante.

admin@concordiafrancais.org

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